« Est-ce que vous pouvez m’aider à gérer mes émotions ? »
« Tu peux me dire comment je dois faire quand je suis en colère ? »
« Je viens pour savoir comment faire quand je me sens débordée »
« Est-ce que vous allez me donner des exercices à faire pour me sentir mieux ? »
Voilà des questions récurrentes en consultation, autant de la part des adultes pour eux-mêmes, que des enfants ou de leurs parents. Les symptômes qui se manifestent et qui amènent à consulter sont souvent envahissants au quotidien, gênants pour le patient ou l’entourage, au point qu’on espère pouvoir les régler rapidement avec des exercices pratiques et l’expertise du psychologue : anxiété paralysante, phobie scolaire, ruminations, cris, crises de colère, impression d’être désincarné, refus d’aller aux toilettes, troubles du sommeil… La liste est longue, tellement longue qu’elle est sans fin !
Et pourtant, je ne vais pas répondre à cette demande. En tout cas pas en première intention. Le principe de la psychothérapie en psychologie clinique, c’est de mettre du sens sur ce qu’il se passe, de comprendre pourquoi ces symptômes émergent, qu’est-ce qu’ils viennent dire, et petit à petit de démêler la pelote pour que ces symptômes n’aient plus besoin de s’exprimer.
C’est un peu comme quand on a de la fièvre ! La fièvre est gênante, on suffoque, on a froid, on frissonne… mais elle n’est pas le problème. Vous pouvez prendre du paracétamol et ne rien régler pour autant. Alors oui, ça soulage sur le moment, mais si on ne s’intéresse pas au problème qui se cache derrière, ça ne sert pas à grand chose.
Le symptôme en santé mentale, c’est la même chose. Si on ne s’occupe pas de ce que ce symptôme veut révéler, alors le traiter seul ne sert pas à grand chose, car il va se déplacer. D’une phobie scolaire on peut passer à un trouble alimentaire, ou à une maladie, ou à un bun-out… tant que ce qui est empêché d’être élaboré n’est pas résolu, il y aura toujours un moyen autre d’exprimer ce qui fait blocage.
Alors oui, parfois, en parallèle du travail psychothérapeutique, je vais proposer des outils pour apaiser sur le moment : méditation, relaxation, respiration, gestion de l’angoisse… Parce que c’est important aussi de voir la gêne au quotidien. Mais ce n’est pas cela le travail psychothérapeutique, là c’est simplement une petite aide pour le quotidien, qui ne fonctionnera que momentanément, et ne résoudra pas le problème, cela sert juste à apaiser sur l’instant.
Il est important d’avoir ceci à l’esprit lorsqu’on amorce un travail psychothérapeutique : c’est un espace pour élaborer, laisser émerger ce qui est caché sous le symptôme. Le temps nécessaire à cela est variable, et dépend d’une personne à l’autre. Il n’est pas corrélé au type de symptôme mais bien à la personne et à son histoire : j’aime parler de temps psychique. C’est le temps nécessaire pour que l’appareil psychique baisse ses défenses et permette de travailler les problématiques sous-jacentes. Cela peut être rapide comme lent, et ça nécessite aussi qu’en amont la personne ait pu reconstruire des bases suffisamment solides sur lesquelles s’appuyer afin de laisser émerger les blessures et traumatismes. Ca aussi, ça fait partie de la thérapie.
